« C’est une mesure de santé publique pour les 500 000 personnes qui vivent aux abords du périphérique ». Anne Hidalgo, la maire de Paris, n’est pas peu fière lorsqu’elle annonce limiter la vitesse de circulation sur la rocade parisienne à 50 km/h. Nul doute qu’elle s’appuie sur une étude scientifiquement sérieuse réalisée en amont pour invoquer une « mesure de santé publique ». Que nenni. Elle n’a rien. Selon l’association 40 millions d’automobilistes, « Aucune étude de report de trafic, d’impact sur le trafic, d’impact écologique ni économique ». Rien.
A l’instar d’Anne Hidalgo, d’autres « responsables » politiques avant elle, sur nombre de sujets, ont fait preuve du même déterminisme à révolutionner notre quotidien par des mesures arbitraires. Tout cela bien sûr, sans avoir au préalable pris la peine d’évaluer leurs conséquences. Leur bon vouloir pour seul guide et la certitude, chevillée au corps, que ce sera « bon » pour la France et les français.
La fin du nucléaire et la fermeture programmée de 14 réacteurs d’ici 2035, décrétée par le Président Emmanuel Macron en 2018. Tellement pertinente et bénéfique en matière de souveraineté énergétique, qu’en 2023, le même Emmanuel Macron, droit dans ses bottes, érige le nucléaire en « cheval de bataille » de son second quinquennat. Du « en même temps » pur jus, mais en différé, qui fait perdre de précieuses années de Recherche & Développement…et quelques milliards, déjà.
L’Union européenne n’est pas en reste, qui en 2023, décide la fin des voitures thermiques pour 2035. A-t-on anticipé les conséquences ? Auditionné par le Sénat, Jean-Dominique Senard, président de Renault : « La décision de l’UE a été prise avec un niveau d’analyses d’impact qui est proche de pas grand-chose ». « Pasgrand-chose », toujours mieux que rien.
Les études d’impact, jugées à raison autrefois essentielles, ne le sont plus, essentielles. Nos politiques les ont bannies du processus de prise de décision. Comme si elles étaient un frein au sacro-saint « progressisme ». L’heure est à la prise de décision rapide. Subjective, partisane, mais rapide. Au doigt mouillé. « Les études d’impact, on s’en fout. Plus encore, quand elles desservent nos intérêts ou peuvent contrecarrer nos plans » – Voilà ce qu’ils pensent très fort, mais n’avoueront jamais.
Qu’importe donc les potentielles conséquences sur la détérioration de l’économie ou de l’environnement, la perte de confiance, et le procès – légitime – en irresponsabilité. Seule compte la décision, qui doit, avant tout, servir les intérêts, assouvir les attentes et aspirations de celui qui la prend.
Ce mal n’est pas l’apanage exclusif de la sphère publique ou politique. Il gangrène aussi le secteur privé. Du moins celui qui vit grâce aux financements publics. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Les sources de financement. Il est plus facile de faire n’importe quoi avec l’argent du contribuable qu’avec son propre argent.
13 décembre 2021, les administrateurs du comité d’organisation des JOP Paris 2024 ont à valider la cérémonie d’ouverture sur la Seine. Sans étude d’impact préalable ni sur la sécurité, ni sur le coût, tous votent « POUR », dont l’Etat. À l’aveugle.
Facture finale ? L’autopsie à venir du déficit public nous dira quelle part du gouffre revient à cet événement. « La vérité apparaitra plus tard », foi de Bruno Lemaire.
Transposons cet épisode au secteur privé. Conseil d’administration du géant mondial de la cosmétique, le groupe L’Oréal. Un administrateur : « je vous propose de voter en faveur du lancement d’une crème pour le visage. Je ne connais ni son coût de production, ni ses potentielles conséquences dermatologiques sur les futurs utilisateurs. Mais je vous demande de voter pour. » Peu de doute sur le résultat du vote. « CONTRE » à l’unanimité. Non que l’idée soit mauvaise en soi, mais parce qu’il serait totalement irresponsable de voter à l’aveugle et d’engager l’argent des actionnaires dans un projet aux conséquences incertaines.
Gageons, pour tenter d’expliquer cette différence de comportement, que les comptes à rendre ne sont pas les mêmes. Pour les pouvoirs publics et politiques, il existe bien sûr la sanction des urnes, mais le moment venu, ils savent parfaitement jouer des peurs et font valoir des « dangers » bien plus grands que leurs propres turpitudes. A l’inverse, dans le secteur privé, la sanction est immédiate. Une erreur de l’exécutif, un choix stratégique néfaste aux intérêts économiques de leurs actionnaires et c’est la porte.
L’obligation de résultats qui naguère incombait à nos responsables politiques ne s’est pas muée en obligation de moyens, ce qui serait un moindre mal, mais en obligation de rien. Ils palabrent, s’agitent, mais pour quel résultat ?
Amèrement, un constat s’impose : Le bon sens et la responsabilité ont définitivement déserté le champ politique.

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